Territorialisation des politiques culturelles

« L’établissement public Territorial Paris Est Marne&Bois est compétent de plein droit, depuis sa création le 1er janvier 2016 en matière de « construction, aménagement, entretien et fonctionnement d’équipements culturels, socio-culturels, socio-éducatifs et sportifs d’intérêt territorial », en application de l’article L.5219-5 du Code général des collectivités territoriales. Par délibération du 25 juin 2018, le Conseil de Territoire a précisé la notion d’intérêt territorial définie par délibération du 18 décembre 2017 et a arrêté la liste des équipements concernés. En conséquence et par effet de ces dispositions, les équipements visés parmi lesquels figure le Musée de Saint-Maur-des-Fossés seront mis de plein droit à disposition de l’Établissement Territorial Paris Est Marne&Bois par les communes membres. En raison de la localisation spécifique du Musée, les parties ont convenu d’un régime dérogatoire ; la Ville continuant à assurer les droits et obligations du propriétaire et l’Établissement Public Territorial Paris Est Marne&Bois, la gestion nécessaire à l’exercice de sa compétence. » [Préambule de la convention de gestion du musée de Saint-Maur et de ses collections, 2018]

Télécharger la délibération du 18 décembre 2017            

Télécharger la délibération du 25 juin 2018

Sans pour autant réaliser un historique de l’émergence des politiques culturelles françaises, la Révolution française voit à la fois la naissance des institutions municipales modernes et des premiers établissements municipaux à vocation patrimoniale [1]. Mais il faut attendre l’Entre-deux-guerres et le Front Populaire, pour que s’opère une réappropriation de l’héritage culturel national qui, dès les années vingt et trente, vont pousser les villes à mettre en œuvre une politique touristique attractive afin de valoriser leurs investissements dans les institutions patrimoniales et l‘aide accordées aux fêtes et aux premiers festivals. Dès lors, au-delà de la gestion du secteur patrimonial, les municipalités tentent de concilier loisir, action et diffusion au travers d’un soutien aux courants issus de l’éducation populaire. Ainsi, tout au long du XIXe siècle, les municipalités gèrent et financent les musées, les bibliothèques, mais également les conservatoires. Les années soixante sont surtout marquées par l’émergence de la notion d’équipement socio-culturels pour les jeunes dans un contexte de forte urbanisation et d’autonomisation croissante de la jeunesse qui conduira finalement à l’avènement d’une politique culturelle municipale dotée d’un budget, d’élus et de services spécifiques. Mais depuis la fin des années quatre-vingt, le poids de plus en plus sensible de la crise économique et la moindre croissance des aides de l’Etat marquent les budgets des villes et ne sont pas sans susciter une certaine remise en cause du volontarisme municipal dans les domaines culturels. De plus, l’émergence des politiques culturelles régionales (Direction Régionale des affaires culturelles, DRAC) et la relance de la politique contractuelle par l’Etat ont généralisé les financements croisés (subventions cumulées de plusieurs entités publiques sur une même opération publique) et rendu plus complexe la gestion du paysage culturel local (Saez, 1995). Dans ce nouveau paradigme, il s’agit bel et bien de retrouver une légitimité sociale à des dépenses qui peuvent paraître superflues par temps de crise économique aggravée par des années d’austérité. C’est alors que de nouvelles dimensions culturelles furent revendiquées par les élus locaux au-delà de l’objectif initial de démocratisation de la culture, à l’image du développement des territoires et de la cohésion sociale. Il semble que les politiques muséale, culturelles et économiques soient désormais étroitement liées tant elles constituent depuis plus d’un siècle les multiples facettes d’une intervention publique qui encourage d’une part, l’aide à la création, et d’autre part, la démocratisation culturelle puis la démocratie culturelle qui se positionne au centre d’un modèle civique issue dans une large mesure du modèle républicain.

Par ailleurs, l’enjeu socio-économique est d’importance. En dehors de la multiplication des concerts et des festivals, ainsi que de l’essor du spectacle vivant, qui jouent un rôle prépondérant dans la cohésion et l’attractivité des territoires, une place particulière est réservée aux institutions patrimoniales et surtout aux musées territoriaux. En effet, promoteurs de la diversité culturelle, gages de qualité et d’authenticité, ils constituent les vecteurs d’une image de marque des collectivités territoriales créant par la même occasion une « culture du territoire » en fournissant des repères historiques, sociologiques, naturels et culturels à la société. Au-delà de l’aspect économique qu’ils peuvent représenter par le tourisme local induit, l’offre muséale apparaît ainsi comme facteur de développement et de redynamisation du territoire : « Les évolutions qu’ont connues les musées au cours des dernières années impliquent une gestion dynamique de leurs collections. [A l’avenir, la capacité des musées à attirer un plus large public exige] d’intensifier les mouvements d’œuvres afin de permettre le renouvellement des présentations, l’organisation d’expositions temporaires, de plus en plus nombreuses, et une meilleure répartition territoriale de leur patrimoine. » – SENAT, Extrait rapport d’information n° 379 (2002-2003). En apportant des réponses durables aux problématiques d’aménagement, d’entretien et de gestion raisonnée du patrimoine culturelle, la municipalité se conforte dans son rôle de coordination et d’animation du développement économique et de l’emploi mais également dans son ambition partagée d’être la « gardienne de la mémoire collective » pour les générations à venir.


[1] Poirrier, Philippe. Changements de paradigmes dans les politiques culturelles des villes, Hermès, La Revue, 1996
Du même auteur : Les Politiques de la culture en France, La Documentation française, coll. Doc’ en poche, regard d’expert, 2016

Catégories

SAINT-MAUR AVEC VOUS

L’association s'engage pour le développement économique local et la défense de l'environnement et du patrimoine, ainsi que du cadre de vie.

Merci ! Vous êtes désormais inscrit.
Merci! Terminez l'opération pour un accès complet.
Content de vous revoir! Vous vous êtes connecté avec succès.
Merci! Votre compte est activé. Vous avez désormais accès à tout le contenu.